La représentation des personnages féminins dans les nouvelles de Boris Vian
The Representation of Female Characters in the Short Stories of Boris Vian
- Boris Vian
- Nouvelle
- Personnages féminins
- Sexualisation
- Personnage sécondaire
- Altérité
- Vian, Boris (1920-1959)
- Personnages littéraires
- Femmes -- Dans la littérature
- Boris Vian
- Short story
- Female characters
- Sexualization
- Secondary character
- Otherness
- Langue : Français
- Discipline : Langue et littérature françaises
- Identifiant : 2026ULILH018
- Type de thèse : Doctorat
- Date de soutenance : 25/06/2026
Résumé en langue originale
Cette thèse propose une analyse des modalités de représentation, de construction et de fonction des figures féminines dans les nouvelles de Boris Vian. Elle s'articule selon trois parties : typologie des personnages féminins, analyse de leur rôle dans la narration et exploration de leur dimension thématique et symbolique avec une perspective sociologique. La première partie explore la nomenclature des personnages féminins et montre que ceux-ci sont désignés soit par un patronyme, soit par des étiquettes sociales. Les procédés de création nominale participent à la caractérisation des personnages et à la tonalité humoristique ou sarcastique du récit. L'étude des portraits distingue prosopographies, éthopées et l'association des deux, révélant une attention marquée pour l'apparence et le corps féminin, au détriment de l'intériorité. Cependant, si ceci est le cas également pour les personnages masculins, la perspective adoptée est différente : les personnages féminins sont sous le regard masculin. Leur corps est fragmenté et érotisé. L'identité féminine s'exprime aussi par l'esthétique vestimentaire et la perception de son corps, qui met en évidence une dynamique du désir et de la vulnérabilité. Les figures féminines se déclinent entre rôles traditionnels et transgressifs : la mère partagée entre dévouement et souffrance ; la prostituée et la femme monstrueuse, qui incarnent la marginalité ; et la pin-up et la garçonne qui renvoient à des modèles esthétiques et sociopolitiques caractéristiques de l'époque. La deuxième partie examine la place et le rôle des personnages féminins dans la structure spécifique des nouvelles, caractérisées par la brièveté et la condensation narrative. Les incipits vianesques reprennent certains traits du traditionnel in medias res, tout en les infléchissant vers une familiarité a priori rassurante à laquelle participe également le personnage féminin. Les explicits, dans leurs différentes variantes, se réduisent fréquemment à une phrase déstabilisante qui trouble le lecteur. Le narrateur des nouvelles occupe une place prépondérante, fusionnant avec le personnage masculin et instaurant une forme de male gaze littéraire qui observe le corps féminin en le fragmentant selon une logique proche du dispositif filmique. Quant au rôle des personnages féminins, ils occupent majoritairement des positions secondaires, tertiaires, voire de figuration ; toutefois, cette marginalité ne les empêche pas d'agir comme des catalyseurs de l'intrigue ni d'acquérir une forte amplification symbolique. La troisième partie aborde les tensions qui structurent les rapports de genre : d'une part, la fascination et le désir du personnage masculin pour le féminin ; d'autre part, les dynamiques de pouvoir entre les genres ; enfin, les formes d'altérité à l'œuvre dans la construction des personnages. Les figures féminines oscillent entre la femme chassée, soumise aux conventions de séduction et à la domination masculine, et la femme chasseresse, séduisante et prédatrice, capable de déjouer les rapports de pouvoir. Le corps féminin demeure néanmoins largement réifié et sexualisé, présenté comme objet de désir et intégré à des réseaux sensoriels et métaphoriques qui le rapprochent d'un objet consommable. L'univers vianesque s'organise ainsi selon une hiérarchie où tout ce qui ne correspond pas à la figure masculine conforme aux normes patriarcales relève de l'Autre. Cette altérité installe une « inquiétante étrangeté ». Enfin, l'analyse du « langage-univers », de l'absurde et de l'humour noir confirme que les personnages féminins échappent en grande partie aux effets dérisoires qui frappent les protagonistes masculins, demeurant principalement objets de désir, de fascination ou de répulsion. La thèse conclut que les personnages féminins sont indispensables au fonctionnement narratif et symbolique, tout en incarnant une figure marquée par l'opacité, la métamorphose et l'ambivalence.
Résumé traduit
This dissertation offers an analysis of the construction and function of female figures in the short stories of Boris Vian. It is structured into three main parts: a typology of female characters, an examination of their role in the narrative, and an exploration of their thematic and symbolic dimensions from a sociological perspective. The first part investigates the nomenclature of female characters and shows that they are designated either by proper names or by social labels. Processes of name creation contribute both to characterization and to the humorous or sarcastic tone of the narrative. The study of portraits distinguishes between prosopography, ethopoeia and combinations of both, revealing a marked attention to female appearance and the body at the expense of interiority. Although this tendency also affects male characters, the adopted perspective differs: female bodies are fragmented and eroticized. Female identity is further expressed through clothing aesthetics and bodily perception, highlighting the dynamics of desire and vulnerability. Female figures range between traditional and transgressive roles: the mother, divided between devotion and suffering; the prostitute and the monstrous woman, embodying marginality; and the pin-up and the garçonne, which reflect aesthetic and sociopolitical models of the period. The second part examines the place and function of female characters within the specific structure of the short story, marked by brevity and narrative condensation. Vian's incipits adopt certain features of the traditional in medias res opening while redirecting them toward an apparently reassuring familiarity in which the female character also participates. The explicits, in their various forms, are frequently reduced to a destabilizing sentence that unsettles the reader. The narrator occupies a predominant position, merging with the male character and establishing a form of literary male gaze that observes the fragmented female body according to a logic close to cinematic framing. This approach fragments the female body into isolated parts - as if the gaze operated through a series of successive cinematic close-ups - so that attention focuses on specific details (eyes, lips, legs, curves), and the female figure no longer appears as a coherent whole but rather as a sum of visually eroticized fragments. As for their narrative function, female characters mostly occupy secondary, tertiary or background roles; however, this marginality does not prevent them from acting as catalysts of the plot or from acquiring strong symbolic amplification. The third part approaches tensions between fascination, desire, power and otherness. Female characters oscillate between the hunted woman, subject to convention of seduction and male domination, and the huntress woman, seductive and predatory, capable of subverting power relations. Nevertheless, the female body remains largely reified and sexualized, presented as an object of desire and integrated into sensory and metaphorical networks that associate it with à consumable object, while female sexuality itself is depicted as both impressive and powerfully attractive to male characters. The universe of Boris Vian is thus organized according to a hierarchy in which everything that does not correspond to the male figure conforming to patriarchal norms belongs to the realm of the Other. This alterity - including the women - produces an uncanny effect initially concealed beneath a mask of familiarity. Finally, the analysis of the “langage-univers”, the absurd and black humor confirms that female characters largely escape the derisive effects that affect male protagonists, remaining primarily objects of desire, fascination or repulsion. The thesis concludes that in Vian's short stories, female characters are indispensable to the narrative and symbolic functioning of the texts while embodying figures marked by opacity, metamorphosis and ambivalence.
- Directeur(s) de thèse : Chalonge, Florence de - Cortijo Talavera, Adela
- Président de jury : Schaffner, Alain
- Membre(s) de jury : Pujante González, Domingo - Lapprand, Marc - Sueza Espejo, María José
- Rapporteur(s) : Reig, Christophe - Vázquez, Lydia
- Laboratoire : Analyses littéraires et histoire de la langue (Villeneuve d'Ascq, Nord ; 1992-....)
- École doctorale : École doctorale Sciences de l'homme et de la société
AUTEUR
- Requena Romero, Diana


