Immersion, illusion, hallucination : métafiction chez Lucien
Immersion, illusion, hallucination : metafiction in Lucian
- Lucien
- Fiction
- Métafiction
- Seconde Sophistique
- Epoque impériale
- Perception
- Lucien de Samosate (0125?-0192?)
- Métafiction
- Lucian
- Fiction
- Metafiction
- Second Sophistic
- Roman Empire
- Perception
- Langue : Français
- Discipline : Langues et littératures anciennes
- Identifiant : 2026ULILH012
- Type de thèse : Doctorat
- Date de soutenance : 26/05/2026
Résumé en langue originale
Ma thèse étudie comment, dans les textes de Lucien, on peut se servir de la présence des phénomènes sensoriels de l'illusion et de l'hallucination pour mieux appréhender ses conceptions de la création et de la réception de la fiction. En effet, aux trois premiers siècles de notre ère, on fait face à une situation complexe, où d'un côté fleurissent de nombreuses productions que l'on classe instinctivement dans la catégorie de fiction, mais où en même temps aucun terme technique n'équivaut strictement à notre fiction et où les théorisations restent peu nombreuses et très partielles. Pour résoudre cette difficulté, l'approche métafictionnelle cherche, en partant des pratiques, à dégager des éléments de théorisation : comment des textes de fiction peuvent-ils faire réfléchir le lecteur sur les enjeux de la fiction elle-même ? Cette approche peut être appliquée à des productions anciennes : c'est notamment le cas des textes de Lucien de Samosate, sophiste du IIe siècle, sur lesquels plusieurs études se sont déjà penchées. Ma thèse est que, chez Lucien, les phénomènes où se brouille la perception invitent à effectuer des rapprochements avec des théories contemporaines de l'immersion fictionnelle, en particulier celle de Jean-Marie Schaeffer, qui la présente comme une implication du lecteur dans le discours qui doit être effective, mais limitée. La première partie de ma thèse démontre que mon corpus, composé du Philopseudès, du Navire et du Toxaris, comporte une dimension métafictionnelle explicite et interroge directement la posture immersive du lecteur. Une fois défini ce cadre explicitement métafictionnel, la deuxième partie s'intéresse plus précisément aux thèmes relevant de l'illusion, lorsqu'un objet du monde extérieur remet en question la fiabilité de la perception, comme dans le cas des oeuvres d'art (pièces de théâtre, peintures et sculptures) et des esprits (divinités, fantômes et monstres). Dans la troisième partie, je me concentre sur des thèmes relevant de l'hallucination, lorsque c'est l'état de l'individu percevant lui-même qui est interrogé, comme dans le cas de l'endormissement (sommeil, rêves et nuit) ou de la maladie (afflictions physiques et psychiques, remèdes et magie, amour). L'étude de ces thèmes montre que Lucien entretient un rapport ambigu avec la fiction, se l'appropriant et y prenant un plaisir certain, mais avertissant ses lecteurs sur les dangers d'une immersion excessive.
Résumé traduit
My dissertation examines how, in Lucian's texts, the presence of sensory phenomena such as illusion and hallucination can be used to better understand his conceptions of the creation and reception of fiction. The first three centuries CE present a complex situation: on the one hand, we see a flourishing of literary productions that we instinctively categorize as fiction; on the other hand, there is no technical term strictly equivalent to our notion of fiction, and theoretical discussions on the subject are scarce. To address this difficulty, the metafictional approach seeks, drawing on literary practices themselves, to identify elements of theorization: how can works of fiction encourage the reader to reflect on the stakes of fiction itself? This approach can indeed be applied to ancient literature, and several studies have already used it to explore the works of Lucian of Samosata, a second-century sophist. My thesis argues that, in Lucian, phenomena in which perception is blurred invite a productive comparison with contemporary theories of fictional immersion, particularly that of Jean-Marie Schaeffer, who defines immersion as the reader's involvement in the discourse that must be effective, yet limited. The first part of the dissertation shows that my corpus—comprising the Philopseudes, the Ship, and the Toxaris—exhibits an explicit metafictional dimension that directly interrogates the immersive stance of the reader. Once this explicit metafictional framework is established, the second part focuses on themes related to illusion, where an external object calls into question the reliability of perception, as in the case of works of art (plays, paintings, sculptures) and spirits (divinities, ghosts, monsters). The third part concentrates on themes of hallucination, where the perceiving subject's own condition is in question, as in the case of sleep (sleep, dreams, night) or illness (physical and psychological afflictions, remedies and magic, love). The study of these themes demonstrates that Lucian maintains an ambivalent relationship with fiction: while appropriating it and taking pleasure in it, he simultaneously warns his readers against the dangers of excessive immersion.
- Directeur(s) de thèse : Webb, Ruth
- Président de jury : Delattre, Charles
- Membre(s) de jury : Guez, Jean-Philippe - Hodkinson, Owen
- Rapporteur(s) : Bréchet, Christophe - Ní Mheallaigh, Karen
- Laboratoire : Savoirs, textes, langage (Villeneuve d'Ascq, Nord ; 2006-....)
- École doctorale : École doctorale Sciences de l'homme et de la société
AUTEUR
- Lorson, Thomas

