Titre original :

Les économistes non-conformistes en France au XIXe siècle

Titre traduit :

French Heterodoxs in the XIXth century

Mots-clés en français :
  • Paupérisme
  • Economie hétérodoxe

  • Associations
  • Pauvreté
  • Économie politique
  • Économie politique
  • Économistes
  • Institutionnalisme
  • France
Mots-clés en anglais :
  • Association
  • Pauperism
  • Heterodox Economics
  • XIX th cent.

  • Langue : Français
  • Discipline : Sciences économiques
  • Identifiant : 2025ULILA002
  • Type de thèse : Doctorat
  • Date de soutenance : 21/03/2025

Résumé en langue originale

Le XIXe siècle a été riche en nouveautés littéraires, artistiques, musicales et même économiques. Dans ce dernier domaine, on cite souvent les « utopistes » (Charles Fourier, Saint-Simon, etc.) ou les libéraux, partisans du laisser-faire - laisser passer (Jean-Baptiste Say, Frédéric Bastiat, etc.). Or, dans une société qui était alors en pleine révolution industrielle, il existait aussi un troisième ensemble d'économistes qui sont souvent passés sous silence. Nous les désignons, dans cette thèse, de « non-conformistes » car, en dénonçant les conditions de vie et de travail très dégradées de plusieurs millions d'ouvriers de manufactures (au Creusot, 10 000 ouvriers en 1870) et en cherchant comment les améliorer, ils se distinguaient aussi bien des économistes utopistes que des économistes libéraux. Ils visaient à combiner l'économique et le social. L'économique, en raison des nombreuses crises, générales ou sectorielles, plus ou moins durables, qui engendraient chômage et licenciements, le tout sans aucune indemnisation. Le social, puisque, hors chômage, les 300 journées de 14 heures de travail dans l'année étaient la norme. Or, le salaire d'une notable fraction d'ouvriers ne leur permettait pas de subvenir à leurs besoins familiaux de base (nourriture, vêtement et logement), sauf si tous les membres du ménage, enfants inclus dès 5 ou 7 ans, travaillaient dans la manufacture.Compte tenu de ces conditions de travail, les non-conformistes, qui analysaient de manière critique cette situation, auraient dû au moins être entendus, à défaut d'être écoutés. Ce ne fut pas le cas : parmi la dizaine de ceux qui ont écrit des livres et des articles entre 1820 et 1860 pour améliorer ces conditions de travail et réduire les inégalités de revenus, deux seulement ont pu atteindre une certaine notoriété : Jean-Charles Sismondi pour l'économie (la cause des crises et le moyen de les réduire) et Louis Blanc pour le social (la première réduction du temps de travail journalier). Les autres restèrent dans l'ombre, aussi bien dans la société de l'époque que dans les ouvrages d'histoire de la pensée économique. Comment expliquer cela ?La thèse fournit quelques facteurs explicatifs à cette situation, qui relèvent à la fois des conditions institutionnelles de l'époque et de l'histoire des idées : (i) les non conformistes furent, de fait, exclus des chaires d'enseignement supérieur ou de l'Académie des sciences morales et politiques, dont le traitement de l'économie était pris en charge par les économistes libéraux. Ces derniers accusaient les premiers d'« ignorance » ou de « mensonge » ; (ii) des divergences idéologiques chez les non conformistes les empêchèrent de constituer une solide école de pensée.Pourtant, l'essentiel de leurs propositions a été mis en œuvre depuis la fin du XIXe siècle, mais bien après les autres pays industrialisés où la preuve était faite que l'on pouvait réduire fortement la pauvreté ouvrière par des institutions de protection sociale : par exemple, en France, les institutions de protection sociale furent instaurées tardivement, bien après celles des autres pays industrialisés (Allemagne, Belgique, Pays-Bas et même Royaume-Uni).Au nom du laisser-faire, les ?classes supérieures? (patrons et cadres des manufactures, économistes libéraux, dirigeants de l'État) bénéficiaires de l'enrichissement de la France, à quelques rares exceptions près, se sont fortement opposées à ces institutions de protection sociale, tandis que la voix des non-conformistes était étouffée.

Résumé traduit

The 19th century was rich in literary, artistic, musical and even economic innovations. In the latter field, the “utopians” (Charles Fourier, Saint-Simon, etc.) or the liberals, advocates of laissez-faire - laissez passer (Jean-Baptiste Say, Frédéric Bastiat, etc.) are often cited. However, in a society then in the throes of the Industrial Revolution, there was also a third group of economists who are often overlooked. In this thesis, we refer to them as “non-conformists” because, by denouncing the very poor living and working conditions of several million factory workers (at Le Creusot, 10,000 workers in 1870) and seeking ways to improve them, they distinguished themselves from both utopian and liberal economists. Their aim was to combine the economic and the social. Economic, because of the numerous crises, general or sectoral, more or less long-lasting, which generated unemployment and redundancies, all without any compensation. Social, since, excluding unemployment, 300 days of 14-hour work a year were the norm. However, the wages of a significant proportion of workers did not allow them to meet their basic family needs (food, clothing and housing), unless all members of the household, including children aged 5 or 7, worked in the factory.Given these working conditions, non-conformists who critically analyzed this situation should at least have been heard, if not listened to. This was not the case: of the dozen or so people who wrote books and articles between 1820 and 1860 to improve these working conditions and reduce income inequalities, only two were able to achieve a degree of notoriety: Jean-Charles Sismondi on economics (the cause of crises and how to reduce them) and Louis Blanc on social issues (the first reduction in daily working hours). The others remained in the shadows, both in the society of the time and in works on the history of economic thought. How can this be explained? (i) Non-conformists were effectively excluded from chairs in higher education or from the Académie des sciences morales et politiques, where the liberal economists were in charge of economics. The latter accused the former of “ignorance” or “lying”; (ii) ideological differences among the non-conformists prevented them from forming a solid school of thought. And yet, most of their proposals (welfare institutions for instance) had been implemented since the end of the 19th century. But this occurred well after other industrialized countries (such as Germany, Belgium, the Netherlands an even the UK), where it had been proven that working-class poverty could be drastically reduced through social welfare institutions.In the name of laissez-faire, the ?classes supérieures? (factory bosses and executives, liberal economists, state leaders) who benefited from France's enrichment, with a few rare exceptions, strongly opposed these institutions of social protection, while the voice of non-conformists was stifled.

  • Directeur(s) de thèse : Jany-Catrice, Florence - Sobel, Richard
  • Président de jury : Postel, Nicolas
  • Membre(s) de jury : Gardin, Laurent
  • Rapporteur(s) : Méda, Dominique - Lamarche, Thomas
  • Laboratoire : Centre lillois d'études et de recherches sociologiques et économiques (Clersé)
  • École doctorale : École doctorale Sciences économiques, sociales, de l'aménagement et du management (Lille ; 1992-....)

AUTEUR

  • Clerc, Denis
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